Sortir du mythe de la panacée. Les ambiguïtés de l’agriculture urbaine à Détroit

Dans la recherche et les médias, l’agriculture urbaine est considérée comme une pratique universellement bénéfique, incapable de générer le moindre désagrément. Pourtant, de plus en plus de chercheur·e·s, souvent issu·e·s de la géographie radicale et critique (Guthman 2008 ; Safransky 2014 ; Tornaghi 2014), ont pris le contre-pied de cette posture, en rappelant que les bénéfices annoncés sont plus controversés qu’au premier abord et sont souvent insuffisamment étayés. Les avantages économiques réels, les services écosystémiques rendus, et les créations d’emplois liés à l’agriculture urbaine demeurent difficiles à évaluer et minimes à ce jour. Il y a peu de preuves de lien direct entre l’occupation des parcelles vacantes par l’agriculture urbaine et la baisse du taux de criminalité (Raleigh et Galster 2014).

En réalité, les bénéfices sont envisagés pour des habitants qui ont des niveaux d’engagement très hétérogènes, notamment en termes d’acceptation et d’intérêt pour l’agriculture urbaine. Les habitants de Détroit consultés dans le cadre du processus de légalisation ont exprimé un scepticisme généralisé (Paddeu 2017). Ils considèrent l’agriculture urbaine comme une source d’incertitudes et de nuisances (pesticides, cultures OGM, élevage…). Ainsi, plutôt que de constituer un facteur attractif à même de revivifier les quartiers vidés de leurs habitants, elle pourrait en fait constituer un facteur répulsif et contribuer à leur départ. Une étude menée dans un quartier de Détroit montre que les résidents ont une foi limitée dans le pouvoir de l’agriculture urbaine d’améliorer leur vie quotidienne ainsi que de changer la dynamique sociale du quartier (Draus et al., 2014). De fait, l’écart reste substantiel entre les aspirations idéalistes des habitants-militants, constituant un réseau très actif mais restreint, et l’implication de la majorité des résidents.

Sortir du mythe de la panacée. Les ambiguïtés de l’agriculture urbaine à Détroit (Flaminia Paddeu, Métropolitiques)