De façon tout aussi arbitraire, ils en dressent des typologies distinguant le normal du pathologique. Certains hymens sont jugés conformes, d’autres pas. L’absence d’hymen, par exemple, relève de la difformité. En vertu de quels critères ? «Lorsque le discours scientifique s’en saisit – et en particulier au XIXe siècle, où les théories médicales se basent sur la multiplication des observations et des statistiques –, le fréquent devient le normal», note Pauline Mortas qui dénonce la confusion entre la moyenne et la normalité d’une part, le rare et l’anomalie d’autre part. Gare aux femmes qui sortent du lot. Les voilà estampillées handicapées, même si la forme de leur hymen ne présente en soi aucun risque pour la santé et ne gêne ni les rapports sexuels, ni la grossesse. De façon très révélatrice, parmi les hymens classés «anormaux» certains savants classent ceux qui peuvent laisser croire à des déchirures ou des viols : ce sont les hymens dits frangés ou infundibuliformes, dont l’aspect par trop douteux ne correspond pas à l’hymen idéal des médecins : celui qui indique clairement si une femme est vierge. Car c’est bien de cela qu’il est question lorsque les savants inventent l’hymen : ils inventent l’idée selon laquelle un bout de chair servirait de «preuve» tangible de la virginité.

Agnès Giard – Les 400 culs (Libération)

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