Une langue unique, cela n’existe pas, à moins de robotiser les humains ! On a toujours créé de la diversité. Et puis, cette idée qu’une société ne peut fonctionner que si on s’exprime tous exactement de la même façon est fausse. A l’école, on parle de l’importance de la «maîtrise de la langue». Ce mot «maîtrise» est chargé de sens. Comme s’il était question de la dompter, de la domestiquer à la manière d’un animal sauvage. Nous avons un rapport très particulier à la langue, de l’ordre du totem, d’un symbole absolu de l’identité nationale. C’est presque une religion. Je pèse mes mots. Un exemple. Lors du débat parlementaire sur la déchéance de la nationalité, il y a quelques semaines, une députée a tweeté : «Respecter la France, c’est d’abord respecter sa langue…» L’attachement à la langue est de l’ordre du sacré, ancré dans la tête des gens dès l’école. Ce qui explique d’ailleurs que la plupart l’acceptent, jouent le jeu, renoncent à leur langue régionale ou immigrée, à leur accent régional ou social, changent leur manière de parler, les mots qu’ils emploient en se disant ne pas avoir le choix. L’idéologie est tellement prégnante qu’on transpose cette pression sur les langues étrangères. On va par exemple collectivement considérer que bien parler l’anglais, c’est s’exprimer avec l’accent de la bourgeoisie londonienne. Comme si c’était le seul accent valable ! Alors que vous pouvez parler l’anglais à votre façon, les anglophones ne donneront pas d’importance à votre accent.

Philippe Blanchet on glottophobia (Liberation)

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