Dans les sociétés industrielles, le pouvoir portait essentiellement sur le contrôle des biens, des capitaux, des matériaux, des machines. Bref, sur le contrôle du monde de l’objectivité. Avec l’émergence des technologies de l’information et de la communication, il se passe quelque chose d’inouï : ce sont des technologies de construction et de transformation de la subjectivité qui permettent d’agir sur l’acteur humain lui-même. L’enjeu du pouvoir devient ainsi de contrôler, de transformer, de fabriquer les esprits. L’idée n’est pas neuve, évidemment. Nous avons connu, au XXe siècle, l’expérience du totalitarisme dont l’objectif était également le contrôle des esprits par la parole, l’image, la mise en scène ou le culte de la personnalité. Et par la répression de toute opposition. Je n’affirme évidemment pas que nous vivons tous aujourd’hui dans des sociétés totalitaires. Mais j’avance l’idée que le pouvoir devient total. […] L’après-guerre a été dominée par la mise à mort du « sujet », d’un côté par les structuralistes, de l’autre par les marxistes. Je veux le réhabiliter. Et brandir comme un drapeau la « subjectivation » qui est, pour chacun, la prise en charge du sujet en lui, le mouvement par lequel un individu se transforme en acteur social capable de promouvoir et de défendre les droits humains fondamentaux, universels, quand ceux-ci sont bafoués.

Alain Touraine (Télérama)

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